Rencontre nationale du Club des villes cyclables : les villes doivent écouter les cyclistes

La rencontre nationale du club des villes cyclables, qui se tient chaque année à Paris, portait cette fois-ci sur la culture (du vélo), les stratégies (à mettre en œuvre pour qu’il se développe), et les usages (ce que font réellement les cyclistes). Un savant assemblage pour des villes heureuses.

 

Et en effet, il y fut question de culture, à la fois technique (que sont toutes ces nouvelles sortes de rues ?), stratégie (faire des coups, faire avec la population, ou bien étudier tous les tenants et les aboutissants de la ville auparavant ?), et usages : on a conclu qu’aucun aménagement n’était valable s’il n’était pas adapté aux usages naturels.

 

Des nouvelles catégories de rues bien précises

Furent d’abord présentées différentes modalités de cohabitation entre véhicules, notions de création récente en France, et mal connues.

Entre la zone de rencontre (20 km / h, double-sens vélo, traversées piétonnes partout), la zone 30 (30 km / h, traversées piétonnes selon le code de la route, vélos à double-sens), l’aire piétonnes (vélos « à l’allure du pas », véhicules motorisés si vraie raison d’y être, très lent et sans stationnement), il y a aussi la voie verte, dont le panneau est utilisé à tort et à travers, y compris pas loin de chez nous. La voie verte est une voie réservée réservée aux cycles et aux piétons, ce n’est ni un trottoir ni une piste cyclable latérale à une route.

 

L’essentiel c’est que ça marche

Il est bon d’inviter les aménageurs et la police, notamment, à s’informer avec soin. Cependant plusieurs orateurs ont appelé à ce que les aménagements, par ailleurs, partent de la pratique des utilisateurs, pas de « normes » qu’on trouverait dans les livres.

Un bon exemple est la piste cyclable qui va de l’Hôtel de Ville de Paris à la gare de Lyon (quai de l’Hôtel de Ville, boulevard Morlan). C’est une piste à double-sens, en pleine ville, avec de nombreux croisements, c’est à dire exactement « ce qu'il ne faut pas faire ». Elle fonctionne merveilleusement bien, ici, il fallait donc la faire, conclue le monsieur vélo technique de l’Etat.

 

Un couloir transformé en salon, c’est en Angleterre

Les actions participatives menées en Angleterre par Sustrans (Sustainable Transport, une grosse association avec 350 salariés et 2000 bénévoles) ont passionné la salle. Ce sont des réaménagements de rues qui sont faits par les citoyens, aidés par un professionnel, et pour pas cher. Ça s’appelle DIY Street, Do It Yourself Street. Ça peut mettre 3 ou 4 ans à se réaliser, entre toutes les étapes (se mettre d’accord sur ce qui ne va pas, sur ce qu’on veut et peut, obtenir les autorisations, faire …) mais à la fin la rue peut redevenir un salon de plein air, on s’y rencontre et on s’y connaît, on sait qui y passe, on y bavarde et on s’y rend service … D’un couloir qu’on ne fait qu’utiliser sans le voir la rue redevient le salon de quelqu’un par lequel on passe.

 

Aider à « remonter en selle » et se faire comprendre des non-cyclistes

Un autre enseignement de cette journée, c’est que l’image du vélo s’améliore, mais que cela ne suffira pas. La communication et les services ont été encore une fois réclamés à l’Etat. La promotion de l’usage du vélo, mais aussi la « remise en selle », par le biais des vélo-écoles, des bus cyclistes, grâce au vélo à assistance électrique ou au vélo en libre-service.

Quant à la communication, elle doit aussi s’intéresser aux non cyclistes, pour qu'ils comprennent notre point de vue !

 

Le président du Club des villes cyclables a conclu la journée par la notion de « stratégie ». On ne peut plus faire n’importe quoi dans le désordre, les communes n’en ont plus les moyens. Certes, passer des années à « étudier » est peut-être le moyen de ne jamais rien faire, mais il faut quand même un cadre et des objectifs. Il faut non seulement une volonté politique sans faille, mais également une stratégie d’urbanisme. Agir, par exemple, sur la localisation des logements et des pôles d’emploi, ne pas construire n’importe quoi n’importe où. Il faut aussi une « stratégie de gouvernance », ce qui veut dire que les responsables ne devraient plus décider « sur un coin de table », mais partir de ce que les gens ressentent. Au fond, le président pense qu’il faut co-créer les projets, afin, notamment, que chacun comprenne le point de vue de l’autre. Cela évite aussi que se durcissent les positions.

 

 

Tout cela est-il si loin de nous ? pas forcément, puisque cela vous a intéressé ! Commençons par bien connaître les nouvelles règles, mais n’oublions pas que ce sont les usages qui ont le dernier mot. N’hésitons pas à nous expliquer !

 

I.L.